La W.Afate ou la réinvention des processus de production et de l’apprentissage sur le continent

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Afate Kodjo Gnikou, l’inventeur – concepteur à l’origine de la première imprimante 3D faite à partir de déchets électroniques a accordé quelques temps à Afrocentriklab pour discuter des multiples opportunités offertes par la vulgarisation de ces imprimantes à travers le continent. Entretien avec un maker utopiste qui veut révolutionner les processus de production, de consommation et de l’apprentissage au Togo.

AFROCENTRIKLAB (A-LAB): Peux-tu te présenter et nous dire qu’est ce qui te motive dans la vie ?

Afate Kodjo GNIKOU (AKG) : Mon nom est Afate Kodjo GNIKOU, je suis géographe de formation, maker, bidouilleur dans plusieurs types d’activités et dorénavant épris des nouvelles technologies de l’impression 3D.

A-LAB : Peux-tu nous rappeler l’histoire de la W. Afate et ton rôle dans sa conception à partir d’E-waste (déchets électroniques)?

AKG : L’histoire de la W.Afate commence en août 2012 dans un quartier de Lomé. J’étais invité par un ami à un évènement appelé ArchiCamp au cours duquel un atelier de montage d’une imprimante 3D importée d’Occident (Prusa Mendel) était animé par un jeune maker français. J’étais tout de suite captivé par l’incroyable « machine à tout faire » qu’était l’imprimante 3D et plus tard j’ai eu l’audace de la répliquer en utilisant les ressources disponibles à savoir, les E-waste ou les déchets électroniques. Mon initiative aboutit alors au projet « W.Afate » porté et boosté par des jeunes dynamiques de la communauté Woelab, née d’ArchiCamp. Mon principal rôle dans cette aventure se situe à deux niveaux : d’abord l’idée de création et ensuite la fabrication proprement dite de la W.Afate qui demeure un bien commun et une machine open-source.

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A-LAB : Comment l’avez-vous financée ?

AKG : La conception de la « W.Afate », a commencé par la récupération et le recyclage de rébus informatiques disponibles localement. Il m’a fallu juste utiliser de la carcasse d’une de mes unités centrales hors d’usage pour faire l’architecture de la « W.Afate ». Cependant, la finition du premier prototype a été possible grâce à une levée de fonds sur le site de financement participatif « ullule.fr ».

A-LAB: Comment la W.Afate peut-elle contribuer au bien-être de la communauté ?

AKG : Imaginez des populations à faible pouvoir d’achat à qui on donne désormais le pouvoir de produire pour eux et par eux-mêmes ! Les nouvelles technologies d’impression 3D viennent libérer les populations assujetties à la consommation de biens standardisés et qui ne répondent pas forcément à leurs besoins réels. La « W.Afate », de par sa nature open-source, est appelée à catalyser la vulgarisation de ces nouvelles techniques de production surtout en Afrique. L’appropriation de cet outil permettra par exemple aux hôpitaux de produire des prothèses sur mesure, aux architectes d’imprimer des maquettes en 3D, aux artisans de produire des outils et aux jeunes apprenants de matérialiser leurs idées.

A-LAB : Quel est le potentiel des E-waste en Afrique ? Quels sont les risques ?

AKG : La quasi-totalité des E-waste produits par la planète sont déversés sur le continent africain et à priori, ces déchets informatiques constituent un véritable fléau qui remet en cause la stabilité de l’écosystème du continent. Cependant, derrière le danger, nous entrevoyons une opportunité de création de richesse. Le projet « W.Afate » propose donc une approche vertueuse de transformation de déchets informatiques en une gigantesque source de matières premières utilisées pour offrir de la haute technologie, en l’occurrence celle de l’impression 3D. La réussite de ce projet promet de mettre l’Afrique dans une position historique d’avant-gardiste d’une nouvelle technologie naissante.

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A-LAB : Quels sont vos projets actuels?

AKG : Impulsés par la « success story » de la W.afate, nous avons le devoir de relever le défi qui consiste à rendre opérationnel le projet afin de le rendre vraiment utile pour les populations de notre continent. D’une part, la prochaine étape est d’implanter, pour un début au moins, une unité de production en série des « W.Afate » pour équiper les universités, écoles, cybercafés, et FabLab émergents et, d’autre part, de développer un large programme éducationnel de vulgarisation de l’impression 3D dans les écoles. Ceci préparera adéquatement les jeunes, qui seront les utilisateurs de demain, à la prise en main effective et efficace de ce nouvel outil de production. Actuellement, les travaux en atelier en vue d’améliorer davantage les performances de la « W.Afate » sont en cours et la sortie d’un nouveau modèle répondant à ces critères est imminente.