Entrevue: Dame Diongue, à l’avant-garde du vidéo Mapping au Sénégal et en Afrique de l’Ouest

Dame Diongue
Dame Diongue  artiste, programmeur et ” video mapper” sénégalais a accordé quelques minutes à Afrocentriklab pour parler de sa passion pour la technologie avancée et l’art numérique. Afrocentriklab vous invite à lire le portrait d’un passionné atypique et attachant aux multiples compétences.

AFROCENTRIKLAB (A-LAB): Peux-tu te présenter et dire qu’est ce qui te motive dans la vie ?

Dame Diongue ( D D)Mon nom est Dame Diongue mais sur internet je suis plus connu sous le pseudonyme de Bay Dam. Je suis artiste et programmeur informatique, je m’intéresse à l’histoire et aux mathématiques. Je suis également énormément passionné par la science informatique particulièrement à l’architecture logicielle, à Linux et à tout l’écosystème du logiciel libre.

J’oeuvre notamment depuis pas mal de temps dans la discipline des arts numériques plus particulièrement dans le vidéo mapping.

A-LAB:  Comment peux-tu définir le vidéo Mapping?

D D: Le mapping vidéo, également appelé projection illusionniste est une technologie multimédia qui permet de projeter des lumières ou des vidéos sur des volumes à l’aide d’un vidéo projecteur. Elle permet de recréer des images sur des structures en relief en utilisant des logiciels spécialisés tel que MapMap pour redessiner ces volumes.

A-LAB: Tu développes actuellement avec une équipe canadienne un logiciel de vidéo Mapping, peux-tu nous en dire plus?

D D: C’était en 2014, lors d’un atelier qu’avait organisé l’ONG Kër Thiossane que j’ai rencontré les artistes québécois Sofian Audry et Alexandre Quessy. Fruit d’une collaboration entre l’artiste belge Mike Latona et ces derniers, le logiciel MapMap venait juste de naître et comportait à l’époque quelques bogues gênants.

Nous avons travaillé ensemble durant une semaine pendant laquelle j’ai réussi à résoudre plusieurs bogues en ajoutant quelques fonctionnalités au passage. C’est ainsi que j’ai rejoint l’équipe de développement du logiciel et c’était vraiment une chance pour ma carrière de pouvoir travailler avec d’autres programmeurs plus expérimentés sur un même projet.

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Gauche vers la dorite: Sofian Audry – Dame Diongue – Stephane Quessy

Grâce à la flexibilité du Lead Developer, j’ai eu la liberté d’ajouter toute nouvelle fonctionnalité qui me passait par la tête sans passer par des “Pull requests”. En décembre dernier, grâce à un financement, j’ai pu me concentrer en temps plein sur le développement du logiciel afin d’atteindre plus rapidement certains objectifs fixés sur la feuille de route.

Aujourd’hui, MapMap se positionne comme une alternative libre à MadMapper ou Millumin, d’autres logiciels de mapping vidéo dont le prix de la license demeure assez excessif.

A-LAB: Tu as participé aux projets de vidéos Mapping lors de la dernière biennale des arts (Dak’art)  à Dakar, tes impressions?

D D: Oui, au départ j’assistais l’artiste français Aurélien Lafargue au nom de Kër Thiossane pendant les workshop. Par la suite, j’ai travaillé avec l’artiste espagnol Fausto Morales Gil sur un projet de mapping architectural.

L’objectif était de mapper la façade de l’hôpital de la Médina. Durant les quatre jours qu’on a passé ensemble, j’ai été bluffé par la sérénité de Fausto même face à un projet aussi gigantesque.

Ils nous mettait vraiment dans des conditions de travail dans laquelle nous avions rien à prouver et que l’on devait simplement faire de notre mieux.
L’équipe était composée des gens avec des profils plutôt variés car Mélanie est artiste plasticienne, Djiby fait du Motion Design depuis longtemps, Jean Michel lui son truc c’est la modélisation 3D de bâtiment mais nous avons tous réussi à travailler ensemble sur du contenu créatif. J’ai usé de mes compétences en programmation pour générer des visuels assez intéressants à l’aide de
Processing et OpenFrameworks.

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Dame et l’équipe

Pendant cette même période Kër Thiossane a fait revenir mes collègues de MapMap Sofian et Alexandre qui, à leur tour sont venus avec d’autres artistes de Perte de signal:  Danny Perreault et Maxime Damecour dans le cadre du festival AfroPixel pour une résidence de création. Alors là on a enchaîné toujours sur du mapping mais avec une approche complètement différente.

J’ai invité Seydou Keita, un artiste local spécialisé en Motion Design et qui a travaillé sur le projet de mapping de l’hôtel de ville avec Aurélien. On est parti d’un défi à relever, qui était de faire un mapping vidéo en 360 degrés qui couvrira tout le rond point de Jet d’eau.

Après Alex a eu l’idée de collaborer avec des danseurs comme Andrea et deux chanteuses qui sont Corina et Agsila afin de donner à la performance un côté plus théâtrale. C’était vraiment une expérience très enrichissante.

A-LAB: Selon toi, au Sénégal et  en Afrique le vidéo Mapping est-il connu?

D D: En Afrique, et particulièrement au Sénégal, le vidéo mapping peine toujours à se faire une place dans l’espace culturel et médiatique actuel malgré les récents projets initiés par l’EUNIC lors de la biennale.

Cette méconnaissance du vidéo mapping, est due au fait qu’il n y a pas beaucoup d’artistes locaux qui exercent dans ce domaine.

Le prix de la location du vidéo projecteur qui peut parfois être plus élevé que le cachet de l’artiste, fait que ces derniers produisent très rarement des grands spectacles de mapping et se limitent souvent à de petites installations.

A-LAB : Quels sont tes projets actuels?

D D: Actuellement j’ai deux à trois logiciels qui vont bientôt sortir de leur version beta pour être publiés. C’est juste des alternatives libres de quelques soft que j’avais ciblés et qui n’existent que sous OSX et qui sont payantes.  Je viens juste de débuter un projet sur lequel j’utilise cette fois les technologies du Web actuel.

Concernant mes projets artistiques, il y en a deux que j’ai envie de réaliser avant la fin de l’année et j’aimerai bien collaborer avec des artistes locaux  sur ces projets.

Bien entendu je vais toujours continuer à essayer d’améliorer MapMap et développer des activités de transmission des connaissances en mapping vidéo.

Pour être un bon développeur il faut avoir beaucoup de détermination, de la persévérance et de la ténacité. L’Afrique a besoin de plus en plus de talents.

A-LAB: Un message à l’endroit des jeunes africains qui aimeraient se lancer dans la programmation?

D D: Apprendre à programmer est exaltant, difficile, frustrant et épuisant. Cela requiert énormément de temps et d’énergie mais c’est à la fois très amusant et très enrichissant.

Être programmeur donne même la sensation d’être surpuissant mais avant de se lancer il faut d’abord se poser la question à savoir est ce qu’on a vraiment la capacité de résoudre des problèmes? Est-ce un passe-temps ou est ce que l’on veut faire carrière dedans? Qu’est ce que l’on veut créer ou sur quoi est ce que l’on veut travailler?

A quel point on est vraiment passionné par ça? Pour être un bon développeur il faut avoir beaucoup de détermination, de la persévérance et de la ténacité. L’Afrique a besoin de plus en plus de talents.

A-LAB: Merci pour votre disponibilité.

D D: C’est moi qui vous remercie.

Pour ceux qui souhaiteraient se lancer dans  le vidéo mapping avec mapmap, télécharger  le logiciel ici

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