Prêt à voter pour un chat virtuel ? Et si les Sénégalais étaient avant-gardistes en la matière ?

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Vous vous demandez comment un petit chaton inoffensif peut devenir un redoutable critique et analyste politique grâce à une application pour enfant ? Ne cherchez plus, installez-vous confortablement devant la chaîne YouTube Mouss bou Rew !

Mouss bou rew, que l’on peut traduire par le chat impoli, totalise en un temps record, depuis l’ouverture de sa chaîne le 14 mai 2016, plus de 4 000 000 vues avec seulement 36 vidéos soit plus de 100 000 vues par vidéos. Rapporté au nombre d’habitants de la région de Dakar cela représente la totalité des Dakarois ayant visionné une vidéo du chat sénégalais derrière qui se cache un mystérieux YouTubeur aux multiples talents.

Au commencement de cette saga Mouss une application ludique pour enfant. La multinationale Outfit7, a créé My talking Tom, un chat qui joue les perroquets. Depuis sa sortie en 2013, l’application dépasse les 4,7 milliards de téléchargements à travers le monde. C’est à partir de ce chat 3D que notre Mouss national a vu le jour.

Au programme de ce charmant félin une critique griffante des dérives de la société sénégalaise. Cet intrépide petit matou, au vocabulaire peu châtié, revient sur différents personnages publics de la société sénégalaise, notamment les chanteuses et chanteurs en vogue et invite à une distanciation critique de leurs messages.

Ainsi, dans l’une de ses dernières vidéos intitulée «  Khana Clash – Coucou SINAP Ndiolé, Babacar Seck » la chanteuse Ndiolé qui se plaît à exhiber ses tailles basses sur snapchat rebaptisé en « sinap » pour ses « chéris Moustapha » et compagnie est malignement tournée en ridicule par notre minet sans manières. Et cela fonctionne très bien ! Publiée il y a une semaine, la vidéo du chat gris concurrence ombrageusement l’originale de Ndiolé en termes de vues !

(Attention public wolofone recommandé)

Mais par-delà la défiance envers ces deux chanteurs promoteurs de Snapchat Sénégal, par-delà son ton provocateur, le petit futé invite les sénégalais à ne pas sombrer aveuglément dans les clichés et images prétendument féériques des nouvelles technologies. Il incite également à ne pas aduler et à ne pas reproduire leurs comportements.

Notre chaton aux yeux couleur émeraude ne s’arrête pas aux chanteurs et s’attaque aussi au feuilleton populaire phare « Wiri Wiri ». Tout est minutieusement décortiqué, du patchal de Viviane aux infractions au code de la route, en passant par les folies capillaires de la police.

Le monde politique est également la cible de ses coups de pattes. A ce titre, il est reproché à Youssou Ndour ses allers retours entre la chanson et la politique. Pape Diop mange aussi sa pâtée, car ne parvenant pas à partager avec sa femme une même vision, comment fédérer un parti « Bok Gis Gis » qui prône justement le partage d’une même vision ?

Si certains s’offusqueront de la vulgarité de quelques miaulements inélégants, le succès tonitruant de la chaîne repose sur l’aspect véridique de ses mises en boîtes, le tout agrémenté d’un humour chatoyant. D’autres aimeraient jouer à chat et attraper celui qui se cache derrière ce pelage gris-blanc. Nous leur rétorquerons que si la nuit notre chat gris officie, c’est bien pour écarter de nous le vice et l’ennui. Stratégiquement c’est aussi parce que celui qui se trouve derrière ce superchat tient à garder intactes ses petites moustaches.

Cet habile détournement du chat Tom pour enfant en chat Mouss pour les grands offre un espace de liberté de pensée et d’analyse des affres de la  société en proie à une dialectique entre deux extrêmes :

  • Qu’il s’agisse d’un plongeon yeux fermés dans une occidentalisation fantasmée, (attention dans l’eau minet râle !) par l’adoption sans réelle compréhension des applications telles que snapchat ;
  • ou bien de l’apologie de prétendues traditions remodelées à la guise comme le folklore de la lutte prétendument historique, notre Catman prend ainsi des allures de justicier démêlant preuve à l’appui le vrai du faux et incrimine ceux qui se croient plus rusés que le chat !

La solution Mouss Bou Rew président ?

Dans un épisode le Mouss se déclare candidat aux élections de 2019, ce qui n’est pas sans faire écho à l’ours bleu Waldo de la série Black Mirror. En effet, cette série britannique consacrée aux dystopies ou contre-utopies engendrées par les nouvelles technologies met en scène, dans l’épisode 3 saison 2, un ours virtuel aux virulentes allocutions envers les hommes politiques et personnages publics.

Très vulgaire dans ses propos, il livre une critique exacerbée et endiablée des arènes politiciennes et se présente à des élections départementales. Waldo ose dire haut et fort ce que toute la population pense silencieusement. Il crie le ras le bol des citoyens face aux manipulations cyniques des hommes de pouvoir. Sa franchise tranchante et unificatrice ridiculise si bien le candidat conservateur et sa rivale du parti travailliste, qu’il brigue la deuxième place des élections.

Plus tard, la CIA s’intéresse au concept Waldo, comme icône contestataire sans les inconvénients d’un messager humain et grâce aux statistiques et aux recherches google sur les adversaires politiques, Waldo devient redoutable. L’ours bleu peut même s’exporter et devenir un produit politique mêlant divertissement et déclinable dans le monde entier. Waldo devient en fin de compte le président rêvé de tous.

WALDO

Ces deux adorables animaux, Waldo et Mouss bou rew, ont en commun leur caractère virtuel mais aussi leur attachement à dépeindre le sentiment de ras le bol général des citoyens envers les personnages médiatiques qui se croient tout permis. Et par leur langage direct et leur diatribes véraces et voraces ils redonnent un semblant de pouvoir à leurs semblables.

La clé de l’adhésion de leur public ? 1. Ils sont terriblement mignons. Qui oserait faire du mal à un petit minet ? 2. La dimension universelle. C’est un chat, par conséquent il a vocation à représenter toute personne sans critères discriminants. Il n’est ni un homme, ni une femme, ni jeune, ni vieux etc, tout le monde peut donc se projeter en lui, surtout lorsqu’il ose dire ce que l’on pense secrètement. 3. Ses analyses piquantes sont justifiées et dénotent un humour bien saf.

Voici ainsi un fin et savoureux cocktail permettant aux animaux virtuels de bénéficier d’un capital sympathie résistant à toute épreuve.

Là où le Mouss et l’Ours se déclaraient candidats sur le ton de la boutade, la réalité vient rattraper la science-fiction et le chat restera pour le moment coi.

Mais tout peut changer si vous êtes prêts à voter pour un chat !

Barbara